• contact@mooc-francophone.com

MOOC Civilisation 2.0… Rencontre avec Jean Edouard André

Jean Edouard André, MOOC Civilisation 2.0

Les réseaux sociaux font plus que jamais bouger l’organisation du savoir et de l’information. Diffusé par IONISx, le MOOC Sociologie du Web : Civilisation 2.0 apporte de nouveaux éclairages sur la montée en puissance d’une nouvelle organisation sociale avec internet… Rencontre avec Jean Edouard André, co-auteur du MOOC.

 

Bonjour Jean Edouard, vous êtes l’intervenant principal du MOOC Sociologie du web : civilisation 2.0. Pouvez-vous m’en dire plus sur votre parcours ?

J’ai un parcours mixte, académique et professionnel. J’ai une longue expérience de management stratégique et d’organisation dans les médias (France Télévisions, Radio France…) ; je suis aussi Professeur à SciencesPo (sociologie digitale, marketing web) et Professeur au Celsa (médias numériques).

 

La sociologie est avant tout une démarche théorique élaborée, rigoureuse… Le web est pragmatique orienté business, marketing et en perpétuel mouvement. La sociologie n’est-elle pas dépassée pour appréhender l’écosystème numérique ?

On pourrait le croire… Très vite dans le Mooc, on comprend que le web est le nouveau centre nerveux de nos sociétés, et que ce n’est donc pas qu’un média. A partir de là, une sociologie pratique s’avère utile. On risque sinon de passer complètement à côté des Y (Millennials), qui méprisent le bluff marketing.

Les Millennials sont vraiment au centre de ce cours, tout autant que leur potentiel d’action qui se renforce sur les réseaux. Avec eux, il vaut mieux arrêter le discours de marque sur la fidélité et l’adapter à la réalité, avec des projets plus pensés. Les Y sont plus intéressés par l’entreprise que par son produit, par ses valeurs et ses idées, et ils ne sont pas prêts de rentrer dans le rang…

Quelque chose est irréversible avec cette génération (et autres yuccies, yummies, yolos…) qui est née dans la marmite marketing : derrière son lifetsyle faussement chill, le Millennial est plus politique que ceux qui l’ont précédé… Il y a donc urgence pour un choc marketing : en 2020, la puissance sociale des Millennials sera énorme, et 75% d’entre-eux sont actifs.

 

Dans votre MOOC, vous décrivez le web comme un univers de transparence et de co-responsabilité. Pourtant, c’est aussi l’univers de l’infobésité, du snacking-content, de l’égo-surfing sans oublier le coté obscur du Big Data, non ?

A mon avis, le tournant actuel va clarifier beaucoup de choses. Je m’explique : les logiques de réseaux avec un marché de l’emploi déprimé boostent une nouvelle économie du partage, basée justement sur la confiance… Confiance, y compris en des inconnus : Airbnb, Uber etc…

Cette transparence obligatoire crée de nouvelles places de marché, renforce les relations sociales décentralisées, une nouvelle idée de la propriété. On connaissait la confiance institutionnalisée, la voici aujourd’hui monétisée. La confiance, plus qu’un nouveau service, c’est le tout Internet…

Le 6 juin 2013, les révélations de Snowden ont presque tout tué, mais les nouveaux usages ont émergé. Et le market place est tellement considérable, qu’il n’est pas question de gâcher la fête. Du coup Google, dans le petit monde du search et de la data, pourrait être finalement challengé par d’autres moteurs comme Qwant ou DuckDuckGo qui se positionnent sur le créneau de la confidentialité sécurisée.

 

La confiance dans les médias est au plus bas, les entreprises vivent une ère de défiance, l’esprit critique fleurte avec le complotisme… Votre MOOC va nous permettre de «réinitialiser» le système, de sortir de la «matrice» ?

Je crois que l’époque du « tous journalistes » est sur sa fin, et je pense que les médias de second degré sont en train de prendre position. Au revoir Indymédia, bonjour au Coral Project du Washington Post et du New York Times. Le cours explore amplement ces questions médias/infos, autour des notions de slow mouvement, ou de deep média…

Alors, c’est vrai que l’entropie du web a été maximale, que l’empowerment a pu sembler ringardisé par les « lol » (lots of laughs, NdR) et autres « wtf » (what’s the fuck, NdR)… Maintenant, ce qui change, c’est que les médias, pure-players ou pas, font de mieux en mieux de l’insurrection communicationnelle… Incubé chez l’honorable The Atlantic, voilà le This d’Andrew Golis.. Allez voir, c’est tout simplement l’anti-Facebook et l’impact est énorme sur le web américain..

Pendant ce temps là, les choses les plus intelligentes pourraient bien circuler sur le web, avec encore plus de facilité. The Intercept vient de lancer Fields of Vision, une branche vidéo dirigée par Laura Poitras (la réalisatrice du documentaire Citizen Four, NdR). Allez voir on line le documentaire ThisIsACoup : ce que vous verrez du Grexit va tout simplement vous bluffer…

 

Est-il vraiment nécessaire de positionner le web dans une perspective historique et prospective ? Anticiper son futur, n’est-ce pas déjà brisé cet espace de liberté ?

A mon avis, il ne faut pas hésiter à remuer la soft idéologie des datas, pour montrer où va le web… On va tout droit vers un web prédictif : on met le réel en équation et on essaie de le rendre calculable… Cette espérance illimitée dans le computationnel amène avec elle un projet de civilisation qui peut-être très dangereux… Si tout doit devenir prévisible et transparent, les effets exponentiels de ces technologies peuvent être problématiques sur le fonctionnement de nos démocraties et leur gouvernance.
En quoi les sphères publiques (administrations, banques, fondations) peuvent être impactées par les nouvelles chaînes de valeur numériques ?

Le secteur bancaire est dans la ligne de mire. Je pense que le changement va venir du crowdfunding. Le financement participatif explose en France depuis 2008, avec aujourd’hui 37 plateformes… Cet essor s’explique en partie par le manque d’innovation des banques, qu’elles soient publiques ou privées (les FinTech n’y changent rien). L’ensemble de ces acteurs n’ont pas saisi l’opportunité de la crise financière de 2008, pour repenser leur modèle.

Je crois que l’un des intérêts du cours, c’est de montrer comment le crowdfunding marque l’engagement à venir des Millennials… Il est déjà moteur du social avec une startup comme Flooz : chaque utilisateur dispose d’un pseudo et de son propre fil d’actualité pour pouvoir suivre les paiements de ses amis… Ce fil d’info constitue un nouveau procédé du social et il montre aussi que la conscience politique chez les Millennials est bien plus puissante qu’on ne le pense…

Parlons de la lampe écologique Gravity Light destinée aux personnes privées d’électricité… Sur le côté, puissance du réseau, parlons du jeu de cartes Exploding Kittens. Gravity Light a récolté 400.000$ et Exploding Kittens plus de 8 millions$…!

Exploding Kittens, c’est le cas d’école. Le jeu de cartes a été proposé sur Kickstarter le 20 janvier 2015. Il ne demandait que 10.000$ sur 30 jours en financement participatif… Il a atteint son objectif en seulement 20 minutes, et l’a dépassé de 20.000% en 24 heures.

On le sait, les banques n’auraient pas financé la plupart des projets qui ont vu le jour grâce au crowdfunding. Dans le crowdfunding, il y a une anti-pédagogie qui sommeille.

 

L’ecosystème numérique a la politique à fleur de peau ?

Il y a de plus en plus de « cyber-ras-Ie-bol » et une bonne partie du Mooc s’active pour tenter de montrer comment récupérer le buzz des réseaux moyennant de l’innovation marketing… Mais, il faut déclencher un choc marketing d’ensemble parce s’il y a sur le web une volonté assez partagée de sortir du système, d’avoir une posture anti-systémique…

Au niveau politique, on est encore dans une logique de hiérarchie, de casting interne de partis. Mais, ça va vite évoluer : les sites de pétition en ligne change.org et avaaz.org connaissent un succès phénoménal, et d’autres initiatives se développent partout à la surface du web comme civocracy.org à Berlin, laprimaire.org qui fait un peu de bruit en France, ou encore democracyOS sur un rayon plus international encore…

Et à côté de ça, je le redis, le Millennial construit déjà son discours idéologique sur des plateformes de crowdfunding… Parce que le crowdfunding, c’est un axe concret du social pour agir, à partir d’une longue traîne de petites contributions qui deviendront grandes… Certains rêvent même d’une multinationale de l‘économie éthique pour créer un contre-pouvoir mondial. Même si personne ne sait qui peut remplacer le FMI…

 

Executive master, Executive MOOC… Ne peut-on pas anticiper avec agilité avec des formations techniques centrées sur le marketing et la communication ?

Ce Mooc ne propose pas un éventail des meilleures pratiques, des retours d’expérience, ou des statistiques à la pelle. A l’inverse, l’idée du cours, c’est que de nouvelles pratiques liées au Digital font désormais partie intégrante de la fonction marketing et ne s’improvisent pas.

Le cours propose donc d’abord une vision systémique d’Internet qui permet d’en avoir une approche globale… Et, c’est ensuite qu’il propose aussi une méthode d’analyse et d’élaboration de stratégie digitale… Pour aider au « comment faire » et au « comment arbitrer entre telle et telle action ou tendance»…

Cette approche, c’est le résultat de nombreuses expériences professionnelles qui mises bout à bout et en en bouchant les trous, ont permis d’élaborer cette vision. Au niveau marketing et brand culture, je dirai que la force du cours c’est de partir tout de suite dans la direction du flawsome pour questionner le besoin en réinvention des marques.

 

Vous allez à la rencontre d’experts du web aux Etats-unis, en Israël… Votre MOOC est aussi un plaidoyer pour une convergence des transitions numériques ?

Oui, incontestablement, il y a dans le Mooc un plaidoyer pour sortir de certains modes de management. En France, l’écosystème entrepreneurial est très opportuniste et court-termiste. C’est fatalement un non sens puisque la startup est par définition une self-made entreprise qui prend du temps.

Actuellement, en France, il y a en plus une forme de détechnologisafion de l‘écosystème. En clair : Bpifrance fait plutôt aujourd’hui la promotion des innovations de services à faible dose technologique. Bien sûr, l’idée que des Facebook et Uber puissent se créer en France et pas seulement des Google n’est pas mauvaise. Par contre, l’idée devient mauvaise quand on constate qu’elle écarte la dimension technologique de l’innovation.

On favorise les startups dans les usages, avec dans l’idée de créer plein de Blablacar… Conséquences : aller le moins possible dans des développements temps longs, et prendre le moins de risques, une spécialité bien française… Par rapport à ça, l’exemple israélien, c’est un électrochoc, avec l’ADN de l’entrepreneur israélien tourné vers la prise de risque, se projetant sur un marché mondial dès la conception de son projet…

La question n’est pas de savoir si c’est vraiment la chutzpah (audace, NdR) dont parlent Dan Senor and Saul Singer, qui fait la recette de l’innovation israélienne… Ce qui est important, c’est que le risque fait partie de l’entreprise en Israël, le venture capital s’adapte au risque aussi et couvre l’early-stage… Tout le contraire de l’investisseur français qui préfère miser sur le rendement fiscal.

En Israël, l’écosystème d’innovation est constitué de 3000 sociétés technologiques, dont 500 au CA dépassant 20 millions$.. Dans ce pays de 8 millions d’habitants, 80 de ces sociétés sont cotées au Nasdaq… C’est une belle leçon pour la France et son exception culturelle qui s’exporte plus difficilement.

 

Les MOOC introduisent régulièrement de nouveaux outils pédagogiques. Sur ce dernier point, vous innovez avec une certification personnalisée en mode « Stand-up » Vous pouvez nous en dire plus ?

Cette nouvelle version du cours a complètement repensé son circuit pédagogique et elle permet beaucoup mieux de co-designer le collectif sur le forum… On est dans un esprit de do-tank, très tourné vers l’opérationnel. Dans Civilisation 2.0, on a donc choisi avec Nicolas Fouré, qui a co-construit avec moi cette certification, de replacer le forum dans la perpective d’un grand oral ludique.

Ce stand-up final permet de replacer les apprenants dans une véritable séance de brainstorming.. Ce grand oral, qu’on peut bidouiller sur son smartphone, ou sur sa webcam, avec une esthétique forcément un peu dysfonctionnelle doit agir comme un véritable révélateur de talent et de leadership…

C’est l’idée de cette certification : un brief bien pensé, enregistré par contre sur son smartphone ou sa webcam, un peu dans l’urgence, complètement dans l’esprit found-footage… Serious game donc, et décalage assumé, qui si tout se passe bien génère de bonnes ondes sur le forum, du ludisme entre apprenants.
Merci Jean Edouard… Pour conclure, quel message souhaitez-vous nous laisser ?

On espère remettre le marketing web dans le chaudron avec cette certification, pour remettre ses recettes à plat. On propose ce final « mobile class » sur le même modèle que les animations urbaines, du type chasse au trésor, murder party, escape room etc…

On a tout fait pour construire une méthodologie eurêka qui permette à la fois à tous les profils de réviser leurs fondamentaux en matière de discours de marque, et de donner l’envie d’apprendre avec un final casual. J’espère que le principe va séduire, d’autant que nous réfléchissons sérieusement à l’opportunité de donner une visibilité particulière aux meilleurs briefs…!

 

Profil LinkedIn de Jean-Edouard André
En savoir plus sur le MOOC Sociologie du web : civilisation 2.0
Propos recueillis par Vincent Datin

Vincent Datin

Vincent Datin

Chargé de communication digitale chez Solutions Locales
Avant tout, je suis un insatiable curieux. J’adore découvrir de nouveaux horizons... Depuis 2012, je partage ma veille et mes retours d’expériences sur les nouvelles formes d’apprentissage et la FOAD (formation à distance).
Vincent Datin

Pin It on Pinterest

Share This