Interview OpenClassrooms : Pierre Dubuc

 
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Alors que la plupart des universités et grandes écoles ont annoncés avant la période estivale, leurs MOOCs pour la rentrée de Septembre, la grande surprise est venue d’OpenClassrooms (anciennement : Le Site du zéro) qui propulse son MOOC HTML5/CSS3, en leader des MOOC Francophones avec plus de 16000 participants. Pierre Dubuc, co-fondateur d’OpenClassrooms s’est prêté avec beaucoup de gentillesse au jeu d’une interview…

 

- Comment expliquez-vous ce succès qui fait du MOOC HTML5/CSS3, le 1er MOOC Français avec plus de 16000 participants ?

Les MOOC les plus populaires en terme de nombre d’étudiants ont 2 points communs partout dans le monde : une thématique accessible et une très bonne qualité du cours.
 
La création de sites web en HTML5 est un sujet populaire en ce moment, beaucoup de personnes s’y intéressent. Il n’y a que très peu de pré-requis pour suivre ce cours : savoir utiliser un ordinateur et naviguer sur Internet. Nous l’observions déjà sur le tutoriel HTML5 sur OpenClassrooms, qui existe depuis de nombreuses années, avec +140 000 visiteurs par mois.

 

- Comment à partir du site d’Openclassrooms, avez-vous eu l’idée de réaliser un projet de MOOC ?

C’est la suite logique de notre volonté de faire circuler le savoir. Au tout début, en 1999, un cours chez nous était uniquement au format texte et images. Au fur et à mesure, nous avons rajouté des exercices d’auto-évaluation, des forums, des vidéos, des ebooks, des PDF… La dernière étape, celle du MOOC, a consisté à rajouter un planning : une date de début et une date de fin, pour en faire un événement.

 

- L’écosystème des MOOCs en France est encore en construction. Qu’espérez-vous y apporter ?

De l’innovation, des cours de qualité et une visibilité au niveau international.
Par exemple, nous avons des idées pour rendre les MOOC plus accessibles, à n’importe quel moment de l’année. Nous sommes très frustrés de ne pas pouvoir suivre tel ou tel MOOC parce que nous sommes tombés dessus trop tôt ou trop tard.
 
Une fédération des initiatives privées et publiques est nécessaire afin d’avoir une visibilité internationale et de pouvoir se positionner face aux autres plateformes de MOOCs (Coursera, edX, Udactiy, FutureLearn, Iversity…).

 

- L’univers des MOOCs est assez cloisonné en France. On retrouve des MOOCs d’universitaires, de grandes écoles, d’entreprises… Existe-t-il une rivalité entre ces différents milieux professionnels ou sommes-nous plutôt dans un contexte de diffusion des bonnes pratiques ?

Non, je ne pense pas qu’il y ait de rivalité. Il y a déjà des projets de MOOCs qui se mélangent entre universitaires, grandes écoles et entreprises. C’est une bonne chose car tout le monde apporte ses compétences et ses idées au projet. Chaque nouveau MOOC qui sort est une source d’inspiration pour les autres.

 

- Au-delà des indicateurs de réussite d’un projet, quels sont les enjeux qui se cachent derrière les différents métriques annoncés par les organisateurs de MOOCs (nbres de participants, taux d’abandon…) ?

On peut citer la visibilité du cours, du professeur et des marques associées, mais également la qualité pédagogique et l’expérience utilisateur. Un MOOC où 99% des étudiants abandonnent a nécessairement un problème à engager ses étudiants jusqu’au bout, l’expérience utilisateur est donc médiocre.
 
Enfin, les métriques cachent aussi un problème économique. S’il y a peu d’étudiants au démarrage, avec un faible taux de conversion, il paraît difficile d’atteindre un modèle économique pérenne car personne n’achètera de certificats par exemple. Attention également à comparer les mêmes métriques. Derrière « le taux d’abandon », chacun peut avoir sa petite méthode de calcul, les référentiels ne sont pas encore standardisés.

 

- Actuellement, le business model des MOOCs n’est pas encore rentable. Parmi les pistes envisageables pour un équilibre budgétaire, on peut évoquer le crowdfunding, la vente de produits dérivés. Qu’en est-il d’OpenClassrooms ?

Nous misons principalement sur un modèle freemium. Le MOOC est entièrement gratuit. Pour aller plus loin, l’étudiant peut devenir Premium et télécharger les ebooks associés, obtenir son certificat vérifié, etc. Ce devient un modèle particulièrement attractif pour la formation professionnelle, où les entreprises ont besoin de davantage de service, notamment un suivi de l’apprentissage de leurs salariés.
 
Le crowdfunding et la vente de produits dérivés peuvent être complémentaires mais il est difficile d’imaginer qu’il s’agisse de modèles pérennes pour tous les cours.

 

- On retrouve en l’espace de quelques mois, en France, une forte densité et une grande diversité de MOOCs. A votre avis, quelle valeur ajoutée doit absolument apporter un MOOC par rapport à l’enseignement classique ?

Une bonne expérience utilisateur, une pédagogie positive et une façon d’apprendre avec les autres. C’est complémentaire avec l’enseignement « brick&mortar » et cela permettrait d’introduire un système de classe inversée, afin de remettre les profs et les étudiants au cœur de la formation, avec des sessions de questions/réponses et du tutorat personnalisé.

 

- « Selon vous, idéalement combien de temps maximum, devrait durer une vidéo de cours sur un MOOC ? » Cette question a été posée via twitter aux participants du Mooc GDP… Votre avis d’organisateur de MOOCs ?

1 à 8 minutes maximum, c’est le temps maximum d’attention. Nous déconseillons très fortement les vidéos de plus de 10 minutes.

 

- On imagine difficilement OpenClassrooms sans avenir, quels sont vos projets à court et moyen terme ?

Sortir de nombreux nouveaux cours sur des thématiques larges ! Nous allons prochainement annoncer nos premiers partenariats avec des écoles et des universités, ainsi qu’avec d’autres éditeurs de contenus sur l’offre Premium. Là encore, le but est de fédérer les producteurs de contenu et les acteurs de l’éducation et de la formation.

 

- Pour conclure, quel message voulez vous faire passer aux lecteurs de « MOOC Francophone » ?

Il faut se lancer dans l’aventure, essayer et innover. N’essayons pas de simplement copier le modèle des MOOCs existants, créons un modèle adapté à la culture et à l’écosystème français. Profitons-en pour tenter de faire sauter les barrières entre secondaire, universitaire et formation professionnelle.
 

Propos recueillis par Vincent Datin
Le site web: OpenClassrooms 

Vincent Datin

Webmaster / Rédacteur web / Community manager chez Solutions locales
Avant tout, je suis un insatiable curieux. J’adore découvrir de nouveaux horizons...

Je m’investis au quotidien dans le secteur du web et du numérique... J’aime pourtant sortir de cette "bulle" et poursuivre mon exploration dans des domaines où les interactions sont multiples. Depuis 2012, je partage ma veille et mes retours d’expériences sur les nouvelles formes d’apprentissage.