• contact@mooc-francophone.com

Interview Thierry Sibieude et Geoffroy Daignes, MOOC "L’entrepreneuriat qui change le monde"

Changer le monde…
L’idée n’est pas nouvelle et le défi immense. Il existe pourtant des pistes sérieuses avec l’entrepreneuriat social. L’ ESSEC proposera à partir du 10 novembre prochain, le MOOC « L’entrepreneuriat qui change le monde ».

Thierry Sibieude (co-fondateur de la chaire Entrepreneuriat Social de l’ESSEC) et Geoffroy Daignes (directeur Développement de The MOOC Agency), nous présente ce parcours d’une durée de quatre semaines.

 
– Bonjour Geoffroy, vous êtes aujourd’hui directeur Développement de The MOOC Agency. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours ?

Geoffroy Daignes – Bonjour, j’ai terminé mes études en juin 2014 et j’ai eu l’occasion au cours de ces dernières années de m’intéresser au caractère disruptif du numérique, d’abord via le secteur de la presse, puis sur celui de l’éducation.

Lorsque l’on observe l’enseignement supérieur d’il y a 10 ans et celui d’aujourd’hui, on ne peut être que frappé par l’irruption de la technologie : En intégrant l’université, j ai découvert les présentations Powerpoint en support d’un cours ou d’un exposé. Puis, on m’a proposé de suivre certains de mes enseignements magistraux en e-learning depuis ma connexion Internet, et ce afin de pouvoir mieux saisir mon cours sans la position précaire de l’étudiant arrivé trop tard dans un amphithéâtre bondé. Et en entamant ma dernière année d’études, j’ai réalisé qu’une fois mon diplôme en poche, je pourrai parfaire ma formation en suivant un MOOC.

Comme dans tout secteur qu’il pénètre, le numérique amène donc un vent de changement et à l’instar de l’industrie du disque, du livre et de biens d’autres encore, le secteur de l’éducation sera touché. En la matière, on ne peut dire avec certitude vers quel modèle nous nous dirigeons, mais une chose est sûre, les transformations seront là.

C’est ces centres d’intérêts, ainsi que la volonté de participer à une aventure entrepreneuriale qui m’ont donné envie de rejoindre The MOOC Agency.

 
– Après l’euphorie des débuts du MOOC, on note une certaine désaffection des participants. Peut-on mieux analyser l’expérience « utilisateur » et améliorer ainsi la qualité des cours ?

Geoffroy Daignes – D’abord, c’est notre travail d’analyser les retours des communautés apprenantes sur les MOOCs, d’identifier des innovations succeptibles, d’améliorer le format pédagogique proposé aux étudiants, d’observer les innovations en cours sur le secteur et d’analyser les retours et données sur chaque MOOC pour proposer des contenus de plus en plus adaptés aux étudiants. Les MOOCs sont un objet éducatif nouveau, il est logique qu’ils ne soient pas encore stabilisés. Il a fallu aussi du temps à l’université pour proposer un modèle satisfaisant, mélangeant de manière efficace éducation et recherches. Il ne faut donc pas être impatient.

Ensuite, j’aimerais revenir sur un point. Je pense que vous faîtes notamment allusion à travers votre question aux très faibles taux de validation des MOOCs, de l’ordre de 9 % pour Coursera et de 4,6 % pour EdX.

Beaucoup d’observateurs en considérant cette réalité, ont parlé de « désillusion » à l’égard des MOOCs et de leur vocation pédagogique. Cette vision me paraît erronée car il est difficile de comparer un MOOC à un cours universitaire classique intégré dans un cursus. Or, cette distinction est essentielle.

En effet, les MOOCs amènent à l’université une nouvelle classe d’étudiants prêts à suivre tout ou partie d’un cours en ligne pour parfaire un parcours intellectuel. Les statistiques sur les MOOCS sont intéressantes mais il faut les appréhender dans leur contexte. Elles témoignent d’un usage inédit : la naissance d’un produit éducatif que la personne peut suivre ou valider jusqu’au bout dans une quête de qualification professionnelle ou, sans passer l’examen, dans le simple cadre d’un cheminement intellectuel.

Ces nouveaux arrivants soulignent que l’éducation ne s’arrête pas à la sortie de l’université et que la demande de connaissances est forte dès lors que l’on en favorise l’accès. Les MOOCs ne digitalisent pas simplement l’enseignement existant, mais donnent aussi naissance à l’auditeur libre 2.0.

 
– Le terme entrepreneuriat social est utilisé dans différents contextes… Une définition pour nous permettre de mieux comprendre ce qu’est l’entrepreneuriat social ?

Thierry Sibieude – A l’ESSEC, à l’Institut de l’innovation et de l’Entrepreneuriat Social, nous considérons que l’entrepreneuriat social recouvre toutes les initiatives privées au service de l’intérêt collectif dont la finalité sociale est supérieure ou égale à la finalité économique.

Une entreprise peut être sociale soit par les bénéficiaires du produit ou service qu’elle propose, les personnes qui réalisent ou délivrent le produit ou le service, la nature du service rendu et enfin la gouvernance (c’est à dire le statut et la prise en compte des parties prenantes dans le fonctionnement de l’entreprise).

Les entrepreneurs sociaux inscrivent leur action dans les champs de l’économie circulaire, de l’économie collaborative, de l’économie de la fonctionnalité ou bien encore de l’économie inclusive, même si tous les acteurs qui œuvrent dans ces différents champs ne sont pas tous des entreprises sociales.

L’entreprise sociale peut être non marchande ou marchande. Elle peut être à but lucratif. Ce sera alors une lucrativité limitée. Lorsqu’elles s’appuient sur le marché pour se développer, se pose la délicate question de la limite entre entreprises sociales (par exemple Grameen Veolia Water) et entreprises socialement responsables développant des politiques de RSE fortes et efficaces (par exemple Veolia Water). On pourra alors distinguer le caractère social d’une entreprise à l’aune de quatre critères qui se cumulent :

– L’affichage d’objectifs clairs et explicites pour une amélioration sociale ou environnementale, autrement dit le changement que l’entrepreneur veut générer.

– La volonté, formellement explicitée de mesurer la nature et l’ampleur du changement social ou environnemental obtenu comme par exemple la solvabilisation d’une demande (de biens, de services ou d’emplois) qui ne l’était pas, la création de biens ou de services accessibles à tous librement et gratuitement, la part de l’activité ne générant pas de ressources financières c’est-à-dire l’effort financier réalisé ou la restriction de lucrativité acceptée, pour atteindre l’objectif social ou environnemental affiché au départ et obtenir le changement escompté.

– Cette volonté d’évaluation concrètement exprimée, avec notamment la définition d’une démarche, d’outils et de critères d’évaluation en amont ainsi que de KPI (Key Performance Indicators) pour réaliser la mesure et le suivi du changement obtenu.

– La nature des partenariats et des liens établis avec les autres acteurs de l’éco système de l’entreprise.

 
– « L’entrepreneuriat qui change le monde » est un titre ambitieux. Quels sont les enjeux de l’entrepreneuriat social aujourd’hui ?

Thierry Sibieude – Nous sommes tous aujourd’hui confrontés à des défis considérables sur le plan social et environnemental auxquels l’entrepreneuriat social peut apporter des réponses concrètes et efficaces.

Ainsi, la prise en compte des besoins sociétaux par les entreprises est impérative. Chaque entreprise devrait intégrer les enjeux de société et changer le monde à son échelle. C’est alors une action d’intrapreneuriat social.

Il n’y a pas qu’une manière de changer le monde, mais collectivement, en étant sensibilisés à ces enjeux nous pouvons changer la donne.

L’ambition du MOOC est donc de susciter un maximum de vocation d’entrepreneurs qui veulent avant tout trouver des réponses à des problèmes sociaux et donc changer le monde, à leur échelle.

 
– Lorsque les médias évoquent l’entrepreneuriat social, c’est pour l’opposer à l’entreprise traditionnelle. La division entre ces deux mondes est-elle inéluctable ?

Thierry Sibieude – L’entreprise sociale est une entreprise. Elle n’est donc pas opposée à l’entreprise traditionnelle mais fait partie du monde de l’entreprise. La différence majeure est qu’elle cherche en priorité à maximiser son impact social et non son profit. Cela implique des principes d’actions exigeants pour être en cohérence entre ses paroles et ses actes.

Plus on pourra créer de ponts entre ces différents univers, plus les réponses apportées aux enjeux sociaux seront pertinentes. La sphère « classique » a beaucoup à apporter mais aussi à apprendre de la sphère « sociale ».

 
– Une entreprise traditionnelle pourrait-elle par exemple jouer un rôle social au travers des MOOCs sans être perçue comme du marketing pédagogique ?

Thierry Sibieude – L’essentiel est de se baser sur les faits : qu’est ce que l’entreprise réalise réellement, sa communication est-elle en accord ou en décalage avec ses actes ?

Il n’y a pas de mal à promouvoir une action sociale du moment que la communication est adaptée aux réalisations. Les MOOCs sont aujourd’hui de formidables outils de diffusion du savoir, de la connaissance et de l’expertise. Ceci rendra possible de nombreuses actions qui ne le sont pas faute d’une expertise suffisante.

 
>- On entend beaucoup parler d’innovation, de design thinking dans l’entrepreneuriat social. Les entrepreneurs sociaux manifestent-ils plus de créativité et d’empathie que la moyenne ?

Thierry Sibieude – Les entrepreneurs sociaux doivent faire preuve de beaucoup de créativité pour trouver des modèles innovants, qui font se rencontrer des milieux qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

Ils ont également besoin de faire preuve d’innovation pour trouver des modèles de financement hybrides, afin de couvrir les coûts supplémentaires liés au projet social sans perdre en efficacité et rentabilité économique.

Les entrepreneurs sociaux ont sûrement une sensibilité plus forte que la moyenne aux réalités humaines et notamment au sort des personnes les plus vulnérables.

 
– Vous êtes accompagnés dans ce MOOC par deux partenaires Ashoka et Makesense. Quels seront leurs rôles respectifs ?

Thierry SibieudeMakesense proposera aux participants de résoudre des défis en ligne pour aider des entrepreneurs sociaux. C’est une manière concrète de s’engager et de mettre les connaissances acquises pendant le MOOC au profit d’un projet.

Ashoka met à disposition son expérience et les nombreux outils qu’ils ont développé pour pouvoir aider les participants à devenir acteurs de changement et à lancer leur projet.

 
– Revenons à « The MOOC Agency ». Vous êtes une agence de conception de MOOCs reconnu dans l’écosystème des MOOCs, mais pourtant peu présente dans les médias. Est-ce un choix délibéré ?

Geoffroy Daignes – Il est vrai que nous sommes moins présents en ligne que certains de nos concurrents.

Nous sommes une jeune entreprise et avons basé d’abord notre développement sur l’accompagnement de nos clients sur la création de MOOCs. Je pense que notre démarche a été la bonne, puisque nous avons bénéficié d’un important effet de bouche à oreille ce qui fait qu’aujourd’hui, certains clients nous contactent directement sans que nous ayons à faire de démarches de prospections. C’est très encourageant pour nous.

 
– Concevoir un MOOC de A à Z et établir une stratégie de communication cohérente pour son lancement… Est-ce vraiment le même métier ?

Geoffroy Daignes – Non, mais cela fait parti des exigences qu’un client, école ou entreprise, a très souvent à l’égard d’une société souhaitant l’accompagner sur la création d’un MOOC.

Le point crucial est effectivement que le MOOC soit pertinent sur le fond et pédagogiquement bien construit. Mais, dans les MOOCs comme ailleurs, il faut être capable de valoriser son contenu. Il est donc logique de proposer ces différentes prestations à nos clients.

 
– Pour conclure, quel message souhaiteriez –vous laisser à nos lecteurs ?

Geoffroy Daignes – Je leur conseille de suivre des MOOCs sur des sujets qui peuvent les aider à enrichir leurs compétences, mais de ne pas oublier que les MOOCs permettent aussi de découvrir, de rechercher, de lancer des projets sur des sujets qui nous passionnent. Il faut donc en profiter.

A titre personnel, je les engage aussi à participer à l’amélioration continue des MOOCs par leurs remarques et leurs impressions. Les retours des apprenants et l’enrichissement d’un MOOC par la communauté nous semblent essentiels pour que, d’ici quelques années, les MOOCs répondent parfaitement aux attentes des internautes.
 

Profil LinkedIn de Thierry Sibieude
Profil LinkedIn de Geoffroy Daignes
Propos recueillis par Vincent Datin

Ajouter votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest

Share This