Interview Mélanie Bourdaa : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le MOOC Transmédia

 
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Le Mooc Transmedia, c’était du sérieux, du travail (beaucoup) mais aussi du rire, des blagues (pas toujours drôles) et surtout de la bonne humeur. Alors forcément, l’interview de Mélanie Bourdaa ne pouvait qu’être décalée. Nous avons donc échangé tour à tour nos rôles d’intervieweur / interviewé.

 
- Vincent : Bonjour Mélanie…
Pour ceux qui ont commis l’erreur de ne pas suivre le MOOC « Comprendre le transmedia storytelling », je rappelle que tu es l’intervenante principale de ce cours en ligne. Après 6 semaines d’aventures, c’est l’heure de la clôture narrative… Tu es prête ?

Bonjour Vincent… C’est très dur de terminer ce cours. J’étais justement en train de regarder le livre d’or du MOOC et tous les messages de sympathie que les apprenants avaient laissé et ça fait un pincement au cœur. Mais ce n’est que le premier chapitre d’une longue histoire. On termine par un cliffhanger et…on attend la suite dans la prochaine saison ! Maintenant que j’ai un VRAI sabre laser, je peux faire plein de choses ;-)

 
- Mélanie : Alors Vincent, qu’est-ce qui t’a plu dans ce MOOC ? Moi je l’ai créé mais j’aimerais avoir un retour de quelqu’un qui l’a suivi.

Je n’avais pas prévu de participer à ce MOOC, mais je me suis laissé prendre au jeu avec l’appel à témoin pour ta mystérieuse disparition, jusqu’à alimenter une piste très sérieuse, celle d’un enlèvement par le collectif anti-MOOC.

Plus sérieusement, j’ai participé en tant qu’auditeur libre, c’est-à-dire que je n’ai pas partagé mes évaluations et travaux hebdomadaires. J’ai eu quelques mauvaises expériences de correction par les pairs et je n’avais pas envie d’être évaluer par un troll ;-)

Je ne souhaitais pas non plus m’imposer des contraintes de temps sur ce MOOC, mais cela ne m’a empêché de participer pleinement et d’apprécier les interactions entre participants. Et pour tout te dire, après une vingtaine de MOOC à mon actif, «Comprendre le transmedia storytelling» fait partie de mon top 3, à la fois pour la diversité du contenu et les échanges entre participants.

Bref, ce MOOC m’a offert une « belle récréation ». J’ai bien aimé aussi cette sensation de jouer avec les frontières du MOOC…

 
- Vincent : Le MOOC a commencé sur les réseaux sociaux bien avant l’ouverture officielle par l’annonce de ta mystérieuse disparition. Comment l’idée d’un tel scénario a-t-elle germé ?

Nous avions envie de plonger les apprenants dans une expérience Transmedia avant que le cours ne commence réellement.

Je donne un cours sur les ARG en Master Multimedia 2 à Bordeaux Montaigne. Les étudiants doivent élaborer des scénarii transmedia de A à Z. C’était l’opportunité rêvée et un terrain de jeu parfait pour les étudiants. Ils ont imaginé un scénario dans lequel je disparaissais pendant les prises de vue d’un cours. Les apprenants devaient alors aider Inspector Target à me retrouver pour commencer le cours dans les meilleures conditions. Inspector Target était un personnage créé de toutes pièces doté d’une identité numérique, permettant d’interagir avec les apprenants.

Le plus dur pour moi a été de ne pas twitter pendant 10 jours. Vous imaginez ! Bon et je ne vous raconte pas les détails des scénarii, que je n’ai pas validés ;-)

L’objectif du MOOC était aussi de créer une communauté d’apprenants autour d’un sujet commun, ici le Transmedia Storytelling. Avec ce scénario, ils pouvaient « travailler » ensemble et partager une expérience avant le cours. De ce côté-là, il me semble que cela a bien fonctionné. Les apprenants ont partagé, joué ensemble, créé des pages Facebook, des documents, des photos et vidéos. Certains m’envoyaient des messages de soutien à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Mais je ne pouvais pas répondre !

 
- Mélanie : Après les cours, est-ce que ta perception sur les fans ou les geeks a changé ? Tu te considères plus fan ou geek ? ou les deux ?

En fait, j’ai découvert que j’étais un peu plus fan que prévu et un peu moins geek qu’attendu.

J’ai pris du plaisir à retrouver les séries TV de mon enfance et raviver des souvenirs bien enfouis dans ma mémoire. Concrètement, je me suis refait les Star Wars avec mes filles qui découvrait la Saga… J’ai d’ailleurs eu le droit à de jolis dessins inédits, des « collectors » qu’aucun fan ne verra jamais. J’ai même gagné un nouveau statut de super héros : « Papa Jedi »

J’ai découvert également grâce au MOOC le phénomène des fansubbers, ces fans qui sous-titrent en équipe les épisodes de séries télévisées. On dépasse largement le cadre des typologies, et j’ai beaucoup de sympathie pour ces personnes qui constitue un groupe informel de passionnés de bidouille, de fabrication, de DoItYourself et collaborent à travers le monde pour traduire des sous-titre d’une série parfois en une nuit. C’est un bel exemple de « faire soi-même avec les autres », en bousculant un peu les « codes »…

Un coté geek aussi avec un socle de références plus étoffé, puisque j’ai baigné dans l’univers du jeu de rôle avec « Dungeons & Dragons », même si désormais mes filles m’ont piqué mes figurines pour les adapter à un autre univers. Geek aussi bien sûr pour le lien avec l’informatique et le mouvement des hackers…

 
- Vincent : Si je dis que le MOOC Transmedia, c’est avant tout une forme de cross media (une adaptation de tes cours universitaires sur une autre plateforme) à laquelle tu ajoutes la narration… pour embarquer les participants dans un jeu éducatif ou ils apprennent à l’insu de leur plein gré . Qu’en penses-tu ?

Ce n’est pas tout à fait une adaptation de mes cours universitaires. Il y a effectivement toute une scénarisation pédagogique derrière pour créer des modules vidéos adaptés. Nous ne voulions pas reproduire un cours d’amphi filmé, sinon ce n’est pas réellement un MOOC. Nous avons également privilégié les interactions sur les réseaux sociaux (Facebook, et Twitter), créé un Tumblr (cielnotremooc) pour avoir une approche décalé sur notre quotidien, sur ce MOOC en tant qu’équipe de production et sur le forum.

Pour nous, ces échanges étaient vraiment importants et constituent le cœur du MOOC, favoriser la création d’une communauté d’apprenants. D’ailleurs les échanges se poursuivent toujours sur le forum malgré la fermeture du cours sur FUN.

 
- Mélanie : Tu avais repéré les Easter Eggs ?

Ton manque de foi me consterne… Les chances de repérer avec succès les easter eggs dans la vidéo de la semaine 4 ne sont que d’une sur 3720, mais je ne me suis pas laissé envahir par le coté obscur du chocolat.

Dans le regard de Jenkins, j’ai compris que certaines choses changent, et d’autres ne changeront jamais. N’as-tu jamais fait un de ces rêves qui ont l’air plus vrai que la réalité ? Si tu étais incapable de sortir d’un de ces rêves, comme ferais-tu la différence entre le monde réel et le monde des rêves ?

 
- Vincent : Jetons un peu d’huile sur le feu ! … Quand les « marques » se la racontent… les super-héros battent de l’aile, autrement dit le canal historique de la culture geek souffre de la dimension marketing reprise par les marques. Question : complémentarités ou concurrences entre ces deux communautés ?

Si on regarde bien les liens entre communautés geeks et stratégies Transmedia, on est pour le moment dans une dimension marketing assez forte. Je m’explique, les producteurs jouent aussi sur l’investissement des communautés fans et geeks pour promouvoir leurs films, séries, jeux, BD. D’un autre côté, les communautés fans et geeks ne sont pas dupes bien entendu, mais elles s’engagent, créent, s’organisent, font circuler des contenus médiatiques officielles. Elles jouent les relais de la série ou du film.

A mon avis, nous ne sommes pas dans une relation de concurrence mais dans une complémentarité entre des producteurs qui veulent vendre leurs contenus médiatiques et des communautés de fans qui comprennent ça très bien mais qui à travers leur passion partagent et diffusent les contenus officiels. Mais c’est eux qui décident et qui contrôlent cette circulation. C’est bien pour cela que j’utilise le terme « circulation » et non pas « viralité » qui implique une contagion et enlèverait tout pouvoir de décision aux fans.

 
- Mélanie : Comment aimerais-tu que le Mooc se poursuive ?

Je pense que le MOOC devrait avant tout s’affranchir de toute plateforme dont le manque de flexibilité ne favorise pas les échanges entre participants. Je ne suis pas un grand fan des évaluations non plus, elle bride la créativité… En fait , je verrai bien une suite sur un mode connectiviste.

Sinon, Il y ’a deux autres axes que je trouve intéressant , l’un serait de faire un MOOC Transmedia et non un MOOC sur le transmédia (sans trop savoir si cela est réalisable), l’autre serait de co-construire un MOOC sur le Transmedia avec les participants, un MOOC où chaque participant est à tour de rôle concepteur et joueur… Bref le MOOC dont vous êtes le héros, le MOOC aux multiples scénarii.

 
- Vincent : Sinon Mélanie, qu’est ce qui t’as procuré le plus de plaisir dans ce MOOC ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est avant tout de travailler avec une super équipe de production. L’équipe pédagogique était non seulement extrêmement qualifiée puisque j’ai fait appel à des spécialistes de chaque domaine mais ce sont également des amis avec lesquels je travaille sur différents. Nous avons beaucoup ri pour les prises de vue dans le studio de l’IUT ;-)

Ensuite, j’ai demandé à deux étudiants de m’aider. Helen Hertz s’est occupée du Community Management et elle a vraiment assuré à ce niveau et notamment dans l’alimentation du Tumblr. Alex Brollo a quant à lui assuré le montage sur mes cours et ceux de David Peyron sur la Culture Geek. Je lui ai laissé carte blanche et là aussi, il a fait un super travail. Vous pouvez essayé de repérer les Easter Eggs qu’il a inclus dans les vidéos (indice : il y a du chocolat et beaucoup de Jenkins). Ils se sont beaucoup investis dans le projet, et en tant qu’enseignant, cela fait toujours plaisir.

Enfin, j’ai énormément apprécié les interactions avec la communauté d’apprenants et surtout de voir leur créativité et leur engouement pour le cours. J’ai été vraiment très agréablement surprise par leur investissement et les activités qu’ils ont rendues. Certaines par leur professionnalisme et leur créativité, concurrencent largement les productions officielles.

 
- Mélanie : Es-tu venu me sauver avec les autres apprenants des mains de MAD sur la Death Star ?

Ben non, y’avait déjà beaucoup trop de monde pour voler à ton secours, je me suis dit que j’allais attendre la prochaine aventure ;-)

Et franchement, je me suis très rapidement interrogé sur le lien mystérieux entre certains fondateurs de la galaxie Transmedia ( Mélanie, Arnaud, David )… Un piège pour les participants ? ou peut-être tout simplement un terrible complot pour un nouvel ordre planétaire !

 
- Vincent : Après avoir abordé les séries TV, le cinéma, la BD, les jeux vidéo… On attend forcément une suite… Que penses-tu d’élever la culture MOOC au niveau de la culture fan et geek ?

C’est marrant que tu parles de ça, parce que pour la dernière activité, qui avait justement trait à la culture fan et geek, plusieurs apprenants ont proposé de « sauver » la MOOC. Un compte Twitter a même été créé, avec pour avatar mon corps et la tête de Jenkins, un Geek puissance 1000 donc.

Plus sérieusement, nous avons bien entendu envie de poursuivre l’expérience, les échanges et le partage des savoirs. A suivre….

 

Mélanie Bourdaa
Maître de conférences à Bordeaux 3 et chercheuse au Laboratoire MICA.
Profil LinkedIn de Mélanie Bourdaa
Le MOOC « Comprendre le Transmedia Storytelling »

Vincent Datin

Webmaster / Rédacteur web / Community manager chez Solutions locales
Avant tout, je suis un insatiable curieux. J’adore découvrir de nouveaux horizons...

Je m’investis au quotidien dans le secteur du web et du numérique... J’aime pourtant sortir de cette "bulle" et poursuivre mon exploration dans des domaines où les interactions sont multiples. Depuis 2012, je partage ma veille et mes retours d’expériences sur les nouvelles formes d’apprentissage.