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Interview de Nathalie Van de Wiele et Michèle Tillard, Sillages.info

L’initiative SILLAGES vise à contribuer à l’offre numérique de l’enseignement supérieur en proposant des supports pédagogiques labellisés, pour l’accès aux grandes écoles et aux formations équivalentes de toutes filières, et notamment pour l’ouverture sociale, territoriale et internationale de cet accès…

Rencontre avec Nathalie Van de Wiele et Michèle Tillard résolument engagées dans cette nouvelle dynamique centrée autour des ressources et des FLOT (Formation en Ligne Ouverte à Tous).
– Bonjour Nathalie et Michèle, vous êtes respectivement coordinatrice et auteure des cours sur la plateforme SILLAGES. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos parcours respectifs ?

Nathalie – Professeure agrégée de physique en CPGE, je lançais en 2000 un site pionnier proposant en libre accès les supports pédagogiques préparés pour mes étudiants ; ma carrière en fut réorientée.

En 2001, je fondais l’initiative à but non lucratif ePrep, pour le rayonnement et le développement des CPGE et des formations équivalentes par les TICE. Directrice d’ePrep, je bénéficie aujourd’hui d’une expérience de 15 ans dans le domaine de l’eLearning et des ressources en ligne, expérience fortifiée de 2006 à 2009 par l’engagement d’ePrep dans les projets soutenus par la Commission européenne. Je coordonne l’initiative SILLAGES, prolongement d’ePrep, depuis son lancement en 2010.

Michèle – Professeure de lettres classiques en CPGE littéraire, j’ai tout d’abord commencé à mettre en ligne mes cours : il me semblait nécessaire de mettre ces ressources à la portée de tous. J’ai alors découvert SILLAGES grâce à un collègue…

L’étape suivante fut l’élaboration d’un MOOC de grec ancien débutant, pour permettre à des élèves privés de professeur, de continuer l’apprentissage de la langue. Enfin, dans la foulée, j’ai créé le MOOC de latin débutant, que j’utilise également devant mes élèves. Dans cette étape, j’ai constamment été épaulée par un collègue mathématicien et informaticien, Laurent Robin.
– Quelles ont été vos motivations pour la création de la plateforme SILLAGES ?

Nathalie – Au fil du temps, les activités d’ePrep ont rassemblé une large communauté et la production de ressources pédagogiques pour l’ouverture de l’accès aux grandes écoles, tant en terme d’ouverture sociale qu’internationale, s’est imposée en réponse à des besoins exprimés. En 2010, sous l’impulsion d’ePrep, l’initiative SILLAGES était lancée pour répondre à ces besoins.

Conduite par une association de 14 membres présidée par la Conférence des grandes écoles, s’appuyant sur une communauté d’auteurs et une communauté de pratique, SILLAGES propose aujourd’hui à un large public des ressources et des formations en ligne de niveau L0 à L2, labellisées, libres et gratuites, pour l’ouverture de l’accès aux grandes écoles et aux formations équivalentes de toutes filières.
– Pourquoi avoir choisi de nommer vos cours : FLOT (Formation en Ligne Ouvertes à tous) lorsque l’acronyme MOOC est mondialement reconnu ?

Nathalie – L’initiative SILLAGES est résolument francophone et nos formations sont toujours développées en réponse à des besoins avant d’être mises en ligne en libre accès pour tous. L’acronyme FLOT convient parfaitement à ces deux aspects : il est français et ne comporte pas le terme massif qui ne correspond pas à nos objectifs. Nous préférons aussi le F de formation au C de cours : nous offrons aussi des formations extra-académiques qui s’éloignent des cours proprement dits.
– Une des particularités de vos formations est de pouvoir les suivre sans inscription. Est-ce un choix stratégique ou éthique ? Une astuce habile pour échapper à un taux de complétion faible ?

Nathalie – Les FLOT SILLAGES peuvent effectivement se suivre sans inscription : les apprenants qui s’inscrivent sont invités à interagir sur un forum, les autres ont accès à ce forum en lecture seule. De fait, nous ne pouvons alors mesurer le taux de complétion de nos FLOT, mais cela est-il important ?

Nous raisonnons davantage en terme de service rendu aux apprenants, désirant permettre à ceux-ci, lors d’une simple visite, de voir si la formation proposée correspond à leurs besoins avant de s’y inscrire, leur permettre aussi une utilisation très souple de nos formations (un apprenant intéressé par une seule séquence d’un FLOT ne s’inscrira probablement pas). Récemment, une apprenante en grec ancien ayant suivi en autonomie 18 des 24 séquences proposées a demandé à s’inscrire car elle avait alors une question à poser sur le forum, cela semble être un mode de fonctionnement adapté aux apprenants.

Et puis nous souhaitons également que les enseignants à la recherche de matériel pédagogique ou désirant utiliser nos FLOT en classe inversée puissent le faire sans contrainte d’inscription, dans le respect de la licence qui protège nos ressources.
– On observe depuis peu un phénomène nouveau : environ 1/3 des cours sont ouverts en ligne toute l’année. Vous formez encore un trio isolé avec IONISx et OpenClassrooms face à une offre de MOOC « évenementiel » ou « session ». Qu’est-ce qui justifie votre choix ?

Nathalie – Il s’agit là encore de raisonner en terme de service rendu aux utilisateurs : nos MOOCs sont ouverts toute l’année pour permettre aux apprenants d’étudier à tout moment et sur la durée de leur choix (en terme de rythme ou de nombre de séquences suivies), permettre aussi aux professeurs désireux d’utiliser nos FLOT en classe inversée par exemple de le faire sans contrainte de calendrier.

On nous rétorquera qu’avoir des MOOCs ouverts toute l’année nécessite de mobiliser des modérateurs de forum toute l’année, c’est vrai, mais jusqu’à présent cela se passe plutôt bien, avec un modérateur par FLOT. Et nous pouvons nous satisfaire d’avoir des formations en ligne ‘ouvertes’ à tous qui ne sont pas ‘fermées’ à telle ou telle période : cette dichotomie de formations ouvertes qu’on trouve fermées m’a toujours fait sourire, même si ouvert a en réalité plusieurs sens.
– Quel est l’impact d’un cours ouvert toute l’année sur les interactions entres participants, et notamment un forum ?

Michèle – Le fait que les MOOCs soient ouverts toute l’année fait que les étudiants peuvent se trouver, à un moment donné, à des stades d’apprentissage très différents. Cela peut présenter des avantages et des inconvénients ; d’un côté, il peut y avoir moins d’interactions entre apprenants à brûle-pourpoint ; mais d’un autre côté, cela peut permettre à ceux qui sont un peu plus avancés d’aider les plus novices, en leur expliquant comment ils ont résolu telle ou telle difficulté… par exemple, sur le forum de latin, un apprenant a fourni à un autre un dossier contenant toutes les fiches de vocabulaire qu’il avait rassemblées pour son propre usage : ces fiches restent à la disposition de tous.
Les MOOCs transmissifs sont construits sur un format type : vidéos + quiz + forum. Vous échappez à ce schéma avec l’absence de vidéos dans vos cours. Doit-on conclure que la vidéo n’a pas de vertu pédagogique à vos yeux ?

Michèle – Un MOOC est très différent d’un cours en présentiel, d’abord par l’extrême diversité des participants, de leur âge, de leurs compétences initiales, de leurs motivations. Toute la question est alors de savoir quelle forme donner à ces MOOCs…

En effet il ne peut en aucun cas s’agir d’une pure et simple adaptation du cours magistral… C’est la raison pour laquelle nous avons renoncé à des exposés vidéos, même accompagnés de diapositives comme cela se pratique souvent. D’abord parce que nous considérons que la figure de l’enseignant ne doit pas être trop prégnante, dans la mesure où nous essayons de rompre avec la logique d’une relation « enseignant-apprenant » traditionnelle, dans laquelle l’enseignant dispense un savoir dont il est dépositaire à des « apprenants » dont le seul rôle consiste à écouter, poser des questions et apprendre par cœur.

L’absence de vidéos va donc de pair avec l’existence d’un forum, dont la raison d’être est, au départ, de créer une communauté de participants, chacun pouvant éclairer l’autre dans son apprentissage, préciser ce qu’il a compris, bref, devenir un acteur, et peut-être même un co-auteur du MOOC.
– L’absence de vidéos dans vos cours n’est donc pas un moyen de contourner l’obsolescence d’un support ou une maintenance technique coûteuse ?

Nathalie – Non, comme l’a expliqué Michèle, c’est un choix pédagogique fort des auteurs SILLAGES. Cela ne veut pas dire que la vidéo soit absente de nos FLOT. Chaque FLOT est brièvement décrit par une courte vidéo de présentation générale et bien souvent les séquences des FLOT sont introduites par une vidéo dite d’incitation dans laquelle l’enseignant expose de façon convaincante le contenu de la séquence.

Des vidéos pédagogiques sont également proposées en tant qu’illustration de telle ou telle partie de telle ou telle séquence. Mais le professeur filmé en faisant son cours ne constitue pas, pour SILLAGES, le bon support pour assurer un travail actif de la part de l’apprenant. Les auteurs SILLAGES développent des scénarios pédagogiques très séquencés, qui mobilisent l’attention de l’apprenant toutes les 5 à 10 minutes, alternant des points de cours, des exercices ou QCM, des invitation à se rendre sur le forum…
– On a ainsi pu observer cette année les premiers « plagiats » entre MOOC. Comment faire pour proposer un contenu renouvelé ? Une banque de contenus libre de droits ? Une forme de crowdsourcing par les participants ?

Michèle – Les FLOT de latin et grec, comme beaucoup d’autres, sont des laboratoires où s’élabore la pédagogie de demain, qui sera extrêmement diversifiée, collaborative, multi-support, à la fois ouverte à un grand nombre de participants et individualisée, chacun allant chercher dans la quantité prodigieuse de connaissances offertes celles dont il aura besoin, au moment précis où il en aura besoin. Ils sont donc appelés à évoluer, à s’enrichir de toutes les expériences, non seulement de leurs propres participants, mais aussi de tous ceux qui contribuent à l’existence des « cours en lignes », quelle que soit leur forme (MOOC, COOC, SPOC…), soit en tant qu’auteurs, soit comme apprenants…

Car, à la différence de nombreux MOOCs qui ne durent que le temps de quelques semaines, au mieux une année universitaire, les FLOT de latin et grec sont destinés à durer. Ouverts en permanence, ils peuvent être entamés à n’importe quel moment de l’année, interrompus, repris… il n’y a ni date limite d’inscription, ni risque de les voir disparaître (sauf cataclysme indépendant de notre volonté, évidemment !). Ce qui pose le problème aigu de leur maintenance, de leur mise à jour permanente (car même la pédagogie des langues dites mortes est, elle, bien vivante, et en constante évolution), de leur adaptation toujours meilleure aux attentes des participants. Ce qui implique des moyens techniques de plus en plus pointus, et donc la constitution d’équipes permanentes alliant des linguistes, des pédagogues, des informaticiens…

Ce qui implique aussi une relève à prévoir : lorsque les auteurs d’un MOOC ne seront plus là, partis vers d’autres aventures, ou trop vieux, ou tout simplement disparus, qu’adviendra-t-il de ces MOOCs si une part significative des participants n’est pas, à son tour, devenu auteure ?

Nathalie – Quant à la reprise de contenu nous l’encourageons ! N’oublions pas que les ressources et formations SILLAGES répondent à des besoins comme ceux exprimés par des professeurs en poste dans des pays où les moyens, sous forme de manuels ou d’équipements de laboratoire, sont insuffisants.

C’est pourquoi l’ensemble de nos supports est publié sous licence Creative Commons Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage à l’identique. La réappropriation des ces supports par les professeurs et leur réutilisation dans le respect de cette licence sont encouragées. Il en va de même pour les auteurs de MOOC qui voudraient bâtir des formations de niveau M à partir du socle que nous offrons, la licence que nous avons adoptée leur permet de le faire (c’est ce qui se passe pour notre FLOT sur les bases de données relationnelles à partir duquel une équipe Inria développe actuellement un MOOC de niveau master).
– Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous laisser à nos lecteurs ?

Michèle – Les langues anciennes, essentiellement le latin et surtout le grec, se trouvent aujourd’hui dans une situation un peu comparable à celle qui était la leur au tout début du XVIème siècle : partout le nombre de professeurs et d’élèves se raréfie, partout des options sont menacées ou supprimées, partout triomphe un utilitarisme à courte vue pour lequel la culture humaniste n’a guère sa place.

Et pourtant, les langues anciennes résistent, portées par des individus passionnés qui refusent de les voir mourir : actifs ou retraités nostalgiques des études classiques, étudiants ou jeunes gens avides de savoir, et plus simplement conscients que l’on ne se connaît bien soi-même que si l’on sait d’où l’on vient, migrants issus de tous les rivages de la Méditerranée et qui se reconnaissent davantage dans l’Athènes de Périclès ou la Rome de Cicéron que dans la culture anglo-saxonne dominante…

Il y a donc un besoin ; il fallait un outil, pour que, comme au XVIème siècle, un peu partout l’on fasse revivre la culture grecque. Et pour cela, les MOOCs peuvent offrir cet outil, permettre la diffusion, libre et gratuite, d’un savoir qui sans eux serait menacé et en voie d’extinction.

Ces FLOT n’ont nullement vocation à remplacer des professeurs en poste, lorsqu’ils existent ; mais à permettre l’accès aux langues anciennes partout où il n’y en a pas, en France, et dans les pays francophones, notamment autour de la Méditerranée, berceau des langues et des cultures de l’Antiquité. Reste maintenant à les faire connaître du public, de tous les publics auxquels ils sont destinés…
Nathalie – Je terminerai par une invitation faite aux contributeurs potentiels, professeurs en classes préparatoires ou dans les formations équivalentes, enseignants-chercheurs en grande école ou à l’université, représentants d’organismes publics et privés, à rejoindre notre communauté !

Et puis bien sûr, par une invitation faite aux utilisateurs, aux étudiants préparant leur entrée en grande école ou dans des formations équivalentes en France comme dans les pays francophones, mais aussi aux tuteurs accompagnant ces étudiants, aux enseignants recherchant des supports pédagogiques et plus largement à tout étudiant ou tout apprenant, d’utiliser nos FLOT pour les faire vivre !

Propos recueillis par Vincent Datin
Profil LinkedIn de Nathalie Van de Wiele
Profil LinkedIn de Michèle TILLARD
En savoir plus sur Sillages.info
La plateforme de formations en ligne flot.sillages.info

 

1 commentaire

  1. MOOC Francophone | 26 février 2015 à 11 h 22 min

    Bonjour Paul,
    Effectivement, la recherche sur le site connaît quelques problèmes qui seront vite résolus. En ce qui concerne le grec ancien, vous pouvez consulter directement cette page: http://flot.sillages.info/?portfolio=grec-ancien-debutants

    Bonne soirée

    Répondre

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